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Forêt d'algues himanthales (Himanthalia elongata) et de laminaires à bulbes (Saccorhiza polyschides) dans le Parc naturel marin d'Iroise | Crédit : Yves Gladu
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Forêt d'algues himanthales (Himanthalia elongata) et de laminaires à bulbes (Saccorhiza polyschides) dans le Parc naturel marin d'Iroise | Crédit : Yves Gladu
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28/08/2020

Stage 2020 : Analyse des dynamiques écologiques et socio-économiques associées aux forêts de Laminaires

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Goémonier en activité dans l'archipel de Molène PNMI |Crédit : Benjamin Guichard / Office français de la biodiversité

Préconisée dans le document d’objectif du site Natura 2000 Côte de Granit Rose-Sept îles dans le but de mieux gérer les forêts de laminaires cette étude a été menée par Elodie Lecointe, dans le cadre de l’action Marha A3 d’améliorer des connaissances sur les activités et les usagers en appui à la gestion, sous la direction de Paul Sauboua (OFB) et Charlène Kermagoret (UMR Amure).

Résultat de recherches bibliographiques et d’entretiens auprès d’experts scientifiques ce rapport fait l’inventaire des services écosystémiques* des forêts de laminaires et présente les impacts potentiels d’une reprise de la pêche goémonière. Une exploitation très intense (prélèvement supérieur à 20% de la biomasse totale) des forêts de laminaires serait susceptible d’induire une dégradation des forêts néfaste à la pêche goémonière et d’entrainer une perte de services écosystémiques avec des conséquences écologiques et économiques. Des mesures d’exploitation durable sont donc indispensables pour accompagner la reprise de cette activité.

Les forêts de laminaires de la zone Côte de Granit Rose-Sept îles se répartissent le long de la côte entre les communes de Trébeurden et de Perros-Guirec et autour des archipels des Sept îles et des Triagoz. Ces forêts sont retrouvées dans l’infralittoral et sont dominées par l’espèce Laminaria hyperborea.
Ces habitats et leurs environs sont le lieu d’activités de pêche, professionnelle et de loisir, de plongée et suscitent également l’attrait des scientifiques et des artistes.

Les impacts potentiels de la pêche  goémonière sur les forêts de laminaires
L’activité goémonière au sein de la zone Côte de Granit rose – Sept îles est très peu présente (voire absente), les impacts d’une telle activité sur les forêts et les services qu’elles produisent ont été étudiés dans l’idée d’une reprise d’activité.

La pêche goémonière bénéficie directement des services que les forêts produisent puisqu’elle prélève directement les laminaires. La quantité de laminaires prélevables étant dépendante de l’état écologique des forêts, elle a besoin de forêts en bon état. Pourtant cette activité peut être impactante. 

  • L’arrachage des thalles peut créer des brèches, entrainant un passage d’un état de forêt dense de laminaires pérennes (état de référence, plutôt préservé) vers un  état  « A + brèches ». La densité et la biomasse des laminaires y sont plus faibles mais les jeunes individus de laminaires, trop petits pour être arrachés, restent et maintiennent une continuité écologique. Les services écosystémiques sont donc toujours produits dans les mêmes proportions que dans l’état de référence.
  • Une exploitation goémonière peut également générer des retournements de blocs localisés. Ces derniers entrainent la mort des laminaires, facilitant l’installation d’espèces opportunistes. Les forêts peuvent alors s’apparenter à un état F, au sein duquel l’ensemble des services écosystémiques est moins produit.

Dans les deux cas, la perte de laminaires est rapidement compensée par le recrutement de nouveaux individus et par la croissance des laminaires juvéniles. Les passages vers les états « A + brèches » et F ne sont donc pas irréversibles et peuvent être suivis d’un retour vers une forêt dense si l’activité goémonière est raisonnée.

  • Dans le cas d’une surexploitation, le recrutement de laminaires et la croissance des juvéniles ne peuvent plus compenser le prélèvement, et les forêts tendraient alors vers un état très dégradé (état E) au sein duquel les laminaires sont très peu présentes voir absentes. Les services seraient alors moins produits. Cette dégradation n’est là encore pas nécessairement irréversible. Si l’exploitation cesse, les forêts pourraient se développer à nouveau.
L’évolution de la capacité des forêts de laminaires à produire les services face à différentes pressions a été modélisée de manière qualitative, afin de souligner l’impact de ces pressions et les répercussions économiques qu’elles peuvent avoir. Pour cela, les capacités de production des services de forêts plus ou moins dégradées ont été notées sur 5 et comparées.

 

Les conséquences écologiques et économiques de la perte des services produits par les forêts de laminaires
La pêche goémonière est donc susceptible d’induire une dégradation des forêts (baisse de densité et de biomasse, apparition d’algues opportunistes…) néfaste à sa propre activité d’une part, et qui entraine une perte de services écosystémiques d’autre part. Cela génèrerait des conséquences écologiques et économiques.

La perte de densité et de biomasse induit une baisse de la production primaire et donc une diminution de l’approvisionnement du réseau trophique et des écosystèmes voisins en matière organique. Le fonctionnement de ces derniers est donc perturbé.
La diminution du service d’habitat entraine une perte de biodiversité
Une dégradation des forêts entraine une diminution de la capacité de production des services d’approvisionnement des pêcheries, les populations piscicoles et les stocks de laminaires exploitables étant réduits dans les états dégradés. Les revenus liés  à la pêche sont donc diminués. De même, les activités de loisirs sont moins soutenues par les forêts dégradées entrainant des manques à gagner dans ces domaines.
Les forêts dégradées protègent moins les côtes et il peut être nécessaire de compenser leur rôle tampon par des ouvrages de protection onéreux.

 

Des pratiques durables pour soutenir la reprise de l’activité de pêche goémonière
Ces conséquences restent cependant à nuancer. En effet, du fait de la haute résilience des forêts de laminaires, une exploitation goémonière n’aurait d’impact sensible que si elle est très intense (prélèvement supérieur à 20% de la biomasse totale). Dans le cas d’une activité raisonnée, les forêts pourraient conserver un bon état écologique et continuer de produire de manière satisfaisante l’ensemble des services. Il donc primordial d’instaurer des pratiques durables,  respectueuses des dynamiques écologiques -surtout dans un contexte de changement climatique susceptible d’accélérer les phénomènes de dégradation- afin de conserver l’intégrité des services écosystémiques.
La filière algue étant en plein essor actuellement, avec de nombreux projets de recherche destinés à multiplier les utilisations de ces dernières et à promouvoir des pratiques innovantes et durables, il est possible que l’activité goémonière se développe dans les prochaines années y compris dans la zone Côte de Granit rose – Sept  îles. Convaincre les acteurs locaux de la nécessité de réguler cette activité est donc important afin d’éviter la mise en place de pratiques trop intenses et de répondre au double enjeu de développement durable et de protection des habitats de Natura 2000. Des arguments comme ceux mis en avant par l’étude des services écosystémiques peuvent donc se révéler intéressants.

Elodie Lecointe, étudiante (bientôt diplômée) du master 2 EGEL (Expertise et Gestion de l’Environnement Littoral) à l'Université de Bretagne Occidentale (UBO) :

"Ce stage m’a beaucoup apporté, j’ai pu découvrir les rouages de Natura 2000 et de la gestion des milieux marins, domaine dans lequel j’aimerais continuer de travailler. J’ai beaucoup aimé le dynamisme et l’approche pluridisciplinaire de l’équipe Marha. Le concept de services écosystémiques, bien que ne reflétant qu'une vision anthropique et peut-être utilitariste de la nature a été très enrichissant, car il permet de convaincre un public non averti et est donc très complémentaire avec des arguments plus « biologiques » et « écologiques ». C’est aussi une manière de ne plus cloisonner protection et activités anthropiques ce qui est important pour mettre en place des pratiques durables et pour répondre aux enjeux de Natura 2000. J’aurais aimé aller plus loin dans cette démarche et pouvoir interroger directement les acteurs locaux mais le contexte et la saison touristique ne l’ont malheureusement pas permis."

Consulter le rapport de stage d'Elodie

*Définis comme les bénéfices que les hommes retirent de la nature, les services écosystémiques permettent de rendre compte des enjeux socio-économiques et environnementaux d’un écosystème.  Ils sont classés en 4 catégories : les services d’approvisionnement, correspondant à l’ensemble des matières premières que l’on peut prélever au sein d’un écosystème ; les services culturels soit l’ensemble des services qui contribuent aux dimensions culturelle, spirituelle et esthétique du bien-être humain ; les services de régulation, comprenant l’ensemble des processus de régulation des fonctions écologiques dont les hommes bénéficient et les services de soutien qui correspondent aux processus écologiques qui ne bénéficient pas directement à l’Homme mais qui sont nécessaires au maintien des autres services.