Après huit années d’engagement au sein du programme LIFE MARHA, cette dernière lettre d’information est avant tout l’occasion d’adresser nos remerciements les plus sincères à l’ensemble des bénéficiaires associés, des partenaires, collaborateurs, et à toutes celles et ceux qui ont suivi, soutenu ou contribué, de près ou de loin, à ce projet collectif. Plus de 150 experts, biologistes, économistes, et sociologues se sont engagés pour tenter d’identifier et de comprendre les mécanismes, les procédures, et les écueils expliquant pourquoi, 30 ans après la publication de la Directive européenne Habitat-Faune Flore, nos habitats marins continuent à se dégrader et avec eux les nombreux services écosystémiques qu’ils nous rendent et dont nous dépendons. Avons-nous atteint nos objectifs ? Le plus objectivement possible, nous pouvons retenir les points suivants : - La connaissance reste un préalable à l’action, et s’il n’est pas nécessaire de tout connaître avant d’agir, il nous faut admettre que nous connaissons encore peu de chose du monde marin. A l’image du maërl que l’on croyait essentiellement breton, mais que l’on a trouvé largement présent en Méditerranée, ou encore des hermelles que l’on pensait disparues de Méditerranée et dont d’importants récifs ont été cartographiés par Marha tout le long de la côte orientale de Corse. Que dire encore des récifs profonds de l’Atlantique dont la dynamique nous dévoile ses secrets, ou des tombants basques aux premières loges de la méridionalisation ? Autant d’éléments indispensables à la prise éclairée de décisions auxquels Marha aura largement contribué.
- En matière de gouvernance, nous avons pu mobiliser un levier majeur pour renforcer l’implication d’acteurs que l’on a longtemps maintenus au statut d’observateurs alors que tout dans la gouvernance de Natura 2000, telle que conçue en France, est fait pour qu’une réelle démocratie de proximité s’installe. L’atteinte des objectifs de conservation doit donc nécessairement passer par plus de transparence, de réflexion collective, de confiance et de co-construction d’actions entre tous les acteurs. Nos travaux ont mis évidence que partout où la gouvernance démocratique s’est exprimée en matière de gestion d’espaces naturels, les objectifs de conservation se sont révélés plus ambitieux, les résultats plus efficaces, et l’adhésion des acteurs plus forte autour d’actions co-construites. Marha aura contribuer à faire évoluer positivement les pratiques et à ouvrir des perspectives prometteuses. La poursuite de ces transformations demeure un enjeu essentiel pour notre société.
- Sur la restauration enfin, pilier de nos travaux, nous avons confirmé qu’une action de restauration ne consiste certainement pas à artificialiser le fonds des océans, mais à agir sur tous les éléments contribuant à réduire les pressions, en partageant la connaissance pour une prise de conscience des problèmes, des richesses, des solutions, en sensibilisant les acteurs impliqués afin d’obtenir une adhésion au projet, en formant les partenaires concernés par les réductions de pressions, les changements de pratiques.
Au-delà des nombreux guides, référentiels, outils que Marha laisse aux acteurs impliqués dans la mise en œuvre de Natura 2000, nous pouvons affirmer que des habitudes de travail ont évolué : les services de l’Etat, engagés très positivement dans les travaux Marha, ont notamment renforcé la mise en œuvre des évaluations des incidences. Nous avions effectivement identifié comme autre levier sur lequel agir l’amélioration de leur mise en œuvre comme moteur du bon état de conservation des habitats et espèces ; les gestionnaires ont poursuivi leur professionnalisation, sur la communication et sensibilisation, sur les techniques de restauration des habitats marins, sur l’animation des instances de gouvernance ; les professionnels usagers de la mer ont quant à eux ouvert leur réflexion aux pressions et impacts générés afin d’y répondre de manière responsable et d’en atténuer les effets sur les écosystèmes. Alors oui, nous pouvons estimer, nombre d’indicateurs en témoignent, que nous avons profondément agi sur la trajectoire d’évolution de l’état de santé des habitats marins. Nous avons réussi à pérenniser des actions importantes, dans le suivi des habitats pour mieux connaitre la dynamique face notamment aux nouvelles pressions, en matière de formation avec des modules contractualisés avec l’Ecole du service public de la mer, en matière de prise en compte des pressions lors de la délivrance des autorisations d’usages avec l’outil POOLPE. Il demeure toutefois essentiel d’achever collectivement une véritable évolution culturelle, comme le souligne le dernier rapport de la cour des comptes sur la transition écologique. La préservation de la nature n’est pas une option idéologique, c’est une impérieuse nécessité économique, sociétale, et civilisationnelle. Espérons que ces enjeux majeurs, puissent trouver échos dans les prochaines échéances politiques de la France, deuxième plus vaste nation maritime au monde. Alain PIBOT, Coordinateur national du LIFE Intégré Marha & Jonathan Sagan, appui à la coordination du LIFE Marha |